Un poète cherche la faveur du pouvoir le plus puissant de son temps et, pour cela, écrit un chant d’amour d’un berger pour un jeune homme trop beau pour lui répondre. Ce poète s’appelle Virgile, le poème est la deuxième Bucolique, et depuis plus de deux mille ans, les traducteurs, les copistes et les commentateurs s’échinent à ne pas voir ce qui saute pourtant aux yeux dès le premier vers : Corydon brûle pour Alexis, un garçon, et personne dans ce texte ne trouve cela choquant. Ce silence gêné, entretenu de génération en génération, en dit plus long sur nos pudeurs que sur celles des Romains. Il refait surface aujourd’hui, alors que les récits romanesques consacrés au cercle d’Auguste, à Mécène et aux poètes de son entourage reviennent en librairie avec une liberté de ton inédite, et que la littérature de romance entre hommes puise de plus en plus consciemment dans ce fonds antique pour raconter des désirs qu’on croyait retrouver seulement chez Sappho ou dans les dialogues de Platon. Comprendre pourquoi un poète officiel de l’Empire naissant a pu écrire ce texte, comment il a été lu, caché, réinventé, puis récupéré par la modernité homosexuelle de Gide à Yourcenar, c’est aussi comprendre pourquoi il continue de fasciner les lecteurs et les autrices de romance contemporaine.

Corydon et Alexis, un amour qui ne dérange personne à Rome

Ce que dit vraiment la deuxième Bucolique

La deuxième Bucolique, composée entre 42 et 39 avant notre ère, met en scène le berger Corydon qui se consume pour le bel Alexis, esclave ou favori d’un maître nommé Iollas. Le texte ne travestit rien : Corydon erre dans les bois, adresse ses plaintes aux montagnes et aux forêts, énumère les cadeaux qu’il pourrait offrir à l’objet de son désir, avant de se raisonner et de se dire qu’il trouvera bien « un autre Alexis » si celui-ci le repousse. Rien dans la construction du poème ne signale une anomalie morale ou une transgression : la douleur amoureuse de Corydon est traitée avec la même gravité élégiaque que n’importe quelle plainte hétérosexuelle de la poésie latine. Virgile reprend ici directement le modèle du poète grec Théocrite, dont les Idylles chantaient déjà, trois siècles plus tôt, les amours pédérastiques entre hommes dans un cadre pastoral sicilien.

Ce choix n’est donc pas une provocation personnelle de Virgile mais l’inscription assumée dans une tradition littéraire grecque parfaitement identifiée par le public lettré romain. En choisissant d’ouvrir son recueil sur ce motif, dès la deuxième pièce, Virgile signale à ses lecteurs qu’il se place dans la filiation directe de la bucolique alexandrine, où l’amour masculin est un ingrédient normal du genre pastoral, au même titre que les moutons, les sources et les concours de chant. La postérité a longtemps voulu y lire une anecdote biographique, en identifiant Alexis à un esclave que Virgile aurait reçu de son protecteur Pollion ou Mécène, ou une allégorie politique où Corydon représenterait le poète courtisant la faveur d’Auguste à travers Alexis. Ces lectures détournées, séduisantes pour qui cherche à euphémiser le désir, ne changent rien à la lettre du texte : c’est bien un amour d’homme à homme qui structure le poème.

Pédérastie grecque, virilité romaine : deux grammaires du désir

Il faut se garder ici d’un contresens fréquent qui consisterait à parler d’« homosexualité » au sens moderne du terme pour décrire ce que vivent Corydon et Alexis, ou plus largement les hommes de l’Antiquité méditerranéenne. Ni le grec ni le latin ne possèdent de mot désignant une orientation sexuelle stable, une identité qui engagerait la personne tout entière comme le fait la catégorie contemporaine d’homosexuel. Ce qui existe, en Grèce classique, c’est un cadre social codifié, la pédérastie, qui organise une relation entre un homme adulte, l’éraste, et un adolescent en formation, l’éromène, relation pensée comme pédagogique autant qu’érotique et bornée par l’âge : elle cesse en principe quand le jeune homme atteint sa maturité civique et sa barbe complète.

À Rome, la grammaire du désir obéit à une logique différente, moins fondée sur l’âge que sur le statut et le rôle sexuel. Le clivage central n’oppose pas hétérosexualité et homosexualité mais position active et position passive : un citoyen romain adulte peut, sans dommage pour sa réputation, désirer et pénétrer un esclave ou un jeune homme de condition inférieure, pourvu qu’il conserve le rôle actif et viril attendu de lui. En revanche, occuper la position passive, se laisser pénétrer, est perçu comme dégradant et associé à l’efféminement, quel que soit le sexe du partenaire receveur. Cette logique explique pourquoi Corydon, homme libre semble-t-il, aimant un jeune homme dépendant d’un maître, ne transgresse aucune norme sociale tant qu’il reste dans le rôle du soupirant actif : le scandale, à Rome, n’aurait pas été l’amour pour Alexis, mais l’inversion des rôles.

Une génération de poètes augustéens sous le signe d’Alexis

La deuxième Bucolique n’est pas un accident isolé dans le paysage littéraire de son temps. Les thèmes homoérotiques traversent l’ensemble de la production poétique du siècle d’Auguste, des élégies de Tibulle et Properce à certains poèmes d’Horace, en passant par les comédies plus anciennes de Plaute qui évoquaient déjà, sur un ton plus grivois, des amours entre hommes. Cette génération d’auteurs, protégée et financée par le cercle de Mécène, grand argentier culturel du régime naissant, écrit dans un contexte où l’influence grecque sur les élites romaines cultivées est à son apogée : lire, imiter et transposer les poètes alexandrins, Théocrite en tête, est un signe de raffinement autant qu’un exercice de virtuosité littéraire.

Le personnage même de Mécène, récemment remis en lumière par une biographie romancée qui restitue son rôle de protecteur des arts et sa proximité affective avec Auguste, incarne cette époque où la frontière entre mécénat, amitié et désir reste poreuse dans les représentations culturelles, sans que les sources antiques s’en scandalisent outre mesure. On comprend mieux, dans ce contexte, que Virgile ait pu placer un chant d’amour masculin en position stratégique dans son recueil sans craindre la disgrâce : il parlait la langue littéraire de son temps, une langue où l’amour entre hommes appartenait au répertoire commun de l’expression poétique, à distinguer nettement du jugement moral que la société romaine réservait par ailleurs à la passivité sexuelle d’un citoyen.

Le stigmate de la passivité, une leçon pour aujourd’hui

Ce qui frappe le plus, quand on confronte la tolérance romaine envers l’amour masculin à ses conditions réelles, c’est la sévérité du jugement social réservé aux hommes libres qui acceptaient le rôle passif. Un citoyen romain surpris dans cette position pouvait perdre certains de ses droits civiques, être exposé à la moquerie publique ou à l’infamie, alors que le même acte, commis avec un esclave ou un jeune non-citoyen dans le rôle passif, ne suscitait aucune réprobation. Cette asymétrie radicale entre le statut social des partenaires, plus déterminante que le sexe lui-même dans le jugement moral porté sur une relation, doit nous alerter sur le risque de plaquer une grille de lecture binaire, homosexualité contre hétérosexualité, sur une société qui pensait le désir avant tout en termes de pouvoir, d’âge et de citoyenneté.

Cette leçon a une portée qui dépasse le seul cadre antiquisant : elle rappelle que la légitimité sociale d’un désir n’a jamais dépendu uniquement de son objet, mais aussi, et parfois surtout, de la position que la société assigne à celui qui l’exprime. Comprendre cette mécanique romaine, loin d’être un détail érudit, aide à mieux lire certains ressorts contemporains de la stigmatisation, où le rejet ne cible pas tant l’attirance elle-même qu’une supposée transgression de rôle attendu selon le genre. Virgile, en taisant tout jugement sur Corydon actif et soupirant, nous montre en creux où passait vraiment la frontière morale de son temps, une frontière qu’il ne franchit à aucun moment dans son poème.

De la censure des moines à la fierté des lecteurs modernes

Deux mille ans de traductions gênées

Le sort réservé à la deuxième Bucolique après l’Antiquité illustre à merveille comment un texte peut survivre matériellement tout en étant vidé de son sens par ses lecteurs successifs. Dès les commentaires antiques tardifs, puis tout au long du Moyen Âge chrétien, les exégètes développent des lectures allégoriques qui neutralisent la charge homoérotique du poème : Corydon devient une figure de l’âme cherchant Dieu, ou Alexis un symbole abstrait de la beauté idéale, coupé de tout contexte charnel. Cette stratégie d’euphémisation se poursuit à la Renaissance anglaise, où les traducteurs oscillent entre fidélité au texte latin et malaise assumé face à son sujet, certains choisissant de féminiser Alexis dans leurs versions ou d’insister sur une lecture strictement amicale de la relation.

Il faut attendre le vingtième siècle pour que des traducteurs, parfois eux-mêmes engagés dans une réflexion sur le désir masculin, restituent au texte sa teneur littérale sans chercher à l’édulcorer. La comparaison des versions successives de ce poème, du dix-septième siècle jusqu’à aujourd’hui, fonctionne comme un sismographe des tabous occidentaux : plus une époque est mal à l’aise avec l’amour entre hommes, plus sa traduction de Virgile s’alourdit de circonlocutions et d’atténuations. Ce phénomène de censure douce, qui ne supprime pas le texte mais en déplace le sens, mérite d’être connu du grand public autant que la censure frontale, car il montre combien l’histoire littéraire a longtemps travaillé à rendre invisible ce qui, à l’origine, ne l’était pas.

Gide, Yourcenar : quand Alexis devient un étendard

Le vingtième siècle opère un retournement spectaculaire de cette longue histoire d’occultation. André Gide choisit précisément le nom de Corydon pour intituler la série de dialogues qu’il publie entre 1911 et 1920, où il défend ouvertement l’amour entre hommes en s’appuyant sur des références naturalistes, historiques et littéraires, faisant explicitement retour à la figure virgilienne pour légitimer son propos. Ce geste n’est pas anodin : en s’appropriant le nom du berger amoureux, Gide inscrit son plaidoyer personnel dans une généalogie antique prestigieuse, comme pour dire que le désir qu’il revendique n’a rien d’une invention moderne ou d’une pathologie, mais prolonge une tradition littéraire vieille de deux millénaires.

Quelques années plus tard, en 1929, Marguerite Yourcenar publie Alexis ou le Traité du vain combat, roman épistolaire dans lequel un jeune homme avoue à son épouse son incapacité à réprimer son désir pour les hommes. Le choix du prénom Alexis n’est évidemment pas fortuit : Yourcenar tisse un dialogue silencieux avec Virgile, faisant de son personnage moderne l’héritier direct du jeune homme convoité par Corydon dans l’Antiquité. Ces deux œuvres majeures de la littérature française du vingtième siècle transforment ainsi un poème pastoral vieux de deux mille ans en texte fondateur d’une tradition littéraire homosexuelle assumée, la citation savante devenant un outil de légitimation dans un contexte où l’homosexualité restait pénalement et socialement réprimée.

L’héritage bucolique dans la fiction historique et la romance actuelle

Cette généalogie littéraire connaît aujourd’hui un prolongement éditorial vivant, à travers un intérêt renouvelé pour la Rome augustéenne comme décor de récits qui n’hésitent plus à explorer frontalement les affects et les désirs masculins de cette époque, y compris dans les marges de la biographie officielle. Les catalogues de romance historique consacrés à la Rome antique se sont considérablement étoffés ces dernières années, portés par des lectrices et des lecteurs en quête de récits où l’amour entre hommes n’est plus relégué au sous-texte mais devient le moteur explicite de l’intrigue, dans des mondes qui empruntent leurs décors, leurs codes sociaux et parfois leurs personnages à l’Antiquité gréco-romaine.

Le succès actuel des récits romanesques situés à l’époque augustéenne, qu’ils relèvent de la biographie romancée savante ou de la romance de genre plus légère, révèle un même désir du public : retrouver dans l’Antiquité un espace où les affects masculins, y compris ceux qui échappent au strict cadre matrimonial, ont droit de cité littéraire sans être immédiatement pathologisés. Ce désir de lecture n’est pas nouveau, mais il trouve aujourd’hui des relais éditoriaux plus nombreux et plus assumés qu’il y a seulement une décennie, portés par un lectorat qui ne cherche plus systématiquement une caution militante explicite pour s’autoriser à aimer ces histoires. Virgile, sans le savoir, a fourni à cette tradition l’un de ses tout premiers modèles littéraires, celui d’un amour masculin dit sans emphase ni scandale, simplement parce qu’il appartenait au répertoire naturel de la poésie de son temps.

Il faut également resituer la deuxième Bucolique dans l’économie d’ensemble du recueil virgilien, composé de dix pièces publiées autour de 39 avant notre ère. Loin d’être une anomalie isolée, le poème de Corydon dialogue avec d’autres pièces du recueil qui abordent, sur un mode plus discret, l’amitié masculine et la rivalité amoureuse entre bergers, dessinant un univers pastoral où les affects entre hommes occupent une place centrale, non marginale. La septième Bucolique met en scène un concours de chant entre deux bergers, Corydon de nouveau et Thyrsis, disputant les faveurs d’un jeune Alexis à peine évoqué, preuve que ce nom et cette figure du bien-aimé masculin structurent une partie non négligeable de l’imaginaire du recueil. Cette récurrence interne invite à ne pas isoler artificiellement la deuxième pièce du reste de l’œuvre, sous peine de manquer la cohérence d’un projet poétique qui fait du désir masculin un motif esthétique à part entière du monde pastoral, au même titre que la nostalgie de la terre perdue ou la célébration du chant.

Le succès actuel des récits romanesques situés à l’époque augustéenne, qu’ils relèvent de la biographie romancée savante ou de la romance de genre plus légère, révèle un même désir du public : retrouver dans l’Antiquité un espace où les affects masculins ont droit de cité littéraire sans être immédiatement pathologisés. Ce désir de lecture trouve aujourd’hui des relais éditoriaux plus nombreux et plus assumés qu’il y a seulement une décennie. Virgile, sans le savoir, a fourni à cette tradition l’un de ses tout premiers modèles littéraires, celui d’un amour masculin dit sans emphase ni scandale, simplement parce qu’il appartenait au répertoire naturel de la poésie de son temps.

Ce que Virgile a encore à nous apprendre aujourd’hui

Ne pas rejouer l’anachronisme, dans un sens ou dans l’autre

La tentation la plus courante face à ce dossier consiste à récupérer Virgile comme un allié rétroactif des luttes contemporaines pour les droits des personnes homosexuelles, en faisant de la deuxième Bucolique une sorte de manifeste avant l’heure. Cette lecture, séduisante mais fragile, oublie que le cadre mental romain ignore la notion même d’orientation sexuelle et qu’il tolère l’amour entre hommes à condition que celui-ci respecte scrupuleusement la hiérarchie sociale du rôle actif et passif, une tolérance qui n’a rien d’un progressisme au sens moderne puisqu’elle s’accompagne d’un mépris parfaitement assumé pour la passivité masculine et d’une indifférence quasi totale envers le désir féminin entre femmes.

À l’inverse, il serait tout aussi erroné de minimiser la portée du texte en le réduisant à un simple exercice rhétorique dénué de charge affective réelle, comme le firent des siècles de commentateurs mal à l’aise. La juste distance consiste à reconnaître que Virgile décrit une douleur amoureuse authentique, avec les outils émotionnels de son temps, sans pour autant y projeter les combats identitaires du vingt et unième siècle. Cette rigueur historique n’appauvrit pas le texte : elle permet au contraire de mesurer avec précision ce que notre époque lui doit, et ce qu’elle continue d’y projeter par confort narratif.

Les manuels scolaires français, longtemps prudents sur ce texte, ont commencé ces dernières années à intégrer plus franchement la dimension homoérotique de la deuxième Bucolique dans leur présentation aux élèves de lycée et aux étudiants de lettres classiques, signe d’une évolution progressive des usages pédagogiques. Cette évolution accompagne un mouvement plus large de la recherche universitaire française et internationale, qui a renoncé depuis plusieurs décennies à parler d’« homosexualité antique » comme d’un bloc homogène pour privilégier une approche attentive aux variations de pratiques, de statuts et de représentations selon les époques et les genres littéraires. Cette rigueur renouvelée profite directement à la lecture de Virgile : elle permet de sortir le poète de la légende d’un chantre univoque de l’amour grec pour le restituer dans la complexité d’un projet littéraire où l’hommage à Théocrite se double d’une méditation personnelle sur la perte, l’exil et la difficulté de se faire entendre, thèmes qui traversent l’ensemble des Bucoliques bien au-delà du seul motif amoureux.

Trois lectures pour prolonger l’enquête

Pour qui souhaite approfondir ce sillon, la lecture de la deuxième Bucolique elle-même, dans une édition bilingue accompagnée d’un commentaire savant récent, reste le point de départ incontournable : elle seule permet de mesurer l’écart entre le texte latin et ses traductions successives, et de percevoir la délicatesse rythmique d’un poème trop souvent réduit à son seul sujet. Le Corydon de Gide constitue un deuxième jalon indispensable, non pas comme document historique sur l’Antiquité, mais comme témoignage sur la manière dont un écrivain du vingtième siècle a mobilisé la référence antique pour construire un plaidoyer personnel dans un contexte hostile.

L’Alexis de Yourcenar, enfin, offre un contrepoint romanesque bouleversant, où l’écho virgilien affleure sans jamais être appuyé, dans une langue d’une pudeur et d’une précision rares. Pour les lecteurs curieux des prolongements contemporains, l’exploration des catalogues de romance M/M à décor antique permet de saisir comment cette matière ancienne continue d’irriguer l’imaginaire populaire actuel, à condition de garder à l’esprit la différence de nature entre ces fictions de divertissement et les textes fondateurs qui les précèdent, sans hiérarchiser abusivement les uns par rapport aux autres.

Lire l’Antiquité sans la trahir ni la museler

Rouvrir la deuxième Bucolique aujourd’hui, ce n’est pas seulement un exercice d’érudition classique réservé aux latinistes : c’est un acte de vigilance intellectuelle contre deux tentations symétriques, celle qui voudrait effacer ou euphémiser ce que le texte dit clairement, et celle qui voudrait le récupérer sans nuance au service d’un récit militant anachronique. Entre ces deux écueils, il existe une voie exigeante, celle de la rigueur historique conjuguée à l’empathie littéraire, qui seule permet de comprendre pourquoi Corydon continue de parler à des lecteurs et des lectrices vivant vingt et un siècles après lui, dans un monde où l’amour entre hommes a cessé d’être une catégorie sociale codifiée pour devenir une identité assumée et, de plus en plus, un genre littéraire à part entière.

Que l’on aborde Virgile par la philologie, par l’histoire des sexualités ou par la porte plus légère de la romance contemporaine, le geste reste le même : accepter de regarder un texte ancien sans le tordre pour le faire ressembler à nos catégories, tout en refusant de le laisser dormir sous des siècles de silence gêné. C’est cette double exigence, de rigueur et de curiosité, qui mérite d’être portée au-delà des cercles universitaires, vers tous ceux que l’histoire des désirs et des représentations continue de passionner.